Association des anticorps anti-mitofusine 1 au caractère érosif de la polyarthrite rhumatoïde immunonégative

Bourse SFR 2026 « Congrès internationaux » (2 000 €) attribuée à Laurinda Carré pour la présentation de ses travaux lors du congrès EULAR 2026 à Londres. Son intervention portait sur l'étude intitulée :« Les auto-anticorps anti-mitofusine 1 sont associés au caractère érosif de la polyarthrite rhumatoïde immunonégative : données de la cohorte ESPOIR ».

Association des anticorps anti-mitofusine 1 au caractère érosif de la polyarthrite rhumatoïde immunonégative

Laurinda Carré (1,2), Joanna Kedra (1,2), Jerome Avouac (3), Arnaud Constantin (4), Pascale Ghillani-Dalbin (5), Bruno Fautrel (1,2)

(1) Assistance publique – Hôpitaux de Paris, Service de Rhumatologie, Hôpital de la Pitié-Salpêrierière Sorbonne Université, Paris, France,

(2) Sorbonne Université, INSERM UMRS 1136, Institut Pierre Louis d’Epidemiologie et de Santé Publique, Paris, France,

(3) Assistance publique – Hôpitaux de Paris, Service de Rhumatologie, Hôpital Cochin, APHP- Centre Université Paris Cité, Paris, France,

 (4) CHU Purpan, Service de Rhumatologie, Hôpital Pierre-Paul Riquet, Toulouse, France,

(5) Assistance publique – Hôpitaux de Paris, Service de Rhumatologie, Hôpital de la Pitié-Salpetrière Hospital, Sorbonne Université, Paris, France

Contexte : un besoin de nouveaux biomarqueurs dans la polyarthrite rhumatoïde immunonégative

Les critères de classification 2010 ACR/EULAR pour la polyarthrite rhumatoïde (PR) accordent une place importante à la positivité du facteur rhumatoïde (FR) et des auto-anticorps anti-protéines citrullinées (ACPA). Cependant, environ 30 % des patients sont immunonégatifs au début de la maladie pour ces deux anticorps, ce qui peut retarder le diagnostic et l’instauration précoce de traitements de fond (DMARDs), augmentant ainsi le risque de progression structurale.

Dans ce contexte, l’identification de biomarqueurs alternatifs apparaît pertinente. Les auto-anticorps anti-mitofusine-1 (MFN1) ont récemment été associés à une progression radiographique à long terme dans la PR immunonégative.

L’objectif de ce travail était d’évaluer l’association entre les auto-anticorps anti-MFN1, le caractère érosif, ainsi que la progression structurale radiographique de la PR débutante.

Méthodes : analyse des données de la cohorte ESPOIR

Nous avons utilisé les données de la cohorte française prospective multicentrique ESPOIR, incluant des patients atteints d’arthrite débutante entre 2002 et 2005. Les auto-anticorps IgG et IgA anti-MFN1 ont été mesurés à l’inclusion par des tests ELISA développés au laboratoire d’immunologie de la Pitié-Salpêtrière. Les associations entre la positivité des anticorps anti-MFN1 à l’inclusion et la présence d’érosions radiographiques à l’inclusion, ainsi que la progression structurale radiographique sur 2 ans évaluée par le score de Sharp modifié selon van der Heijde (SHS), ont été analysées. Des modèles de régressions logistiques ont été ajustés sur l’âge, le sexe, le DAS28 à l’inclusion, la prise de prednisone orale et la prise d’un traitement par csDMARDs et/ou bDMARDs. Les analyses ont été réalisées dans la population globale et dans le sous-groupe immunonégatif (FR et ACPA négatifs).

Résultats : une association avec le caractère érosif de la maladie

Parmi les 638 patients inclus (75,5 % de femmes ; âge médian 50,9 ans), 302 (47,3 %) étaient FR positifs et 261 (40,9 %) étaient ACPA positifs à l’inclusion. Dans la population totale, les auto-anticorps anti-MFN1 étaient détectés chez 9,7 % (IgG) et 5,7 % (IgA) des patients.

Parmi les patients immunonégatifs, la positivité aux anti-MFN1 IgG était associée en analyse univariée à un risque accru d’érosions radiographiques à l’inclusion (OR 3,04 ; IC 95 % 1,14-8,33) et à 2 ans (OR 3,24 ; IC 95 % 1,22-9,18) (Tableau 1). Après ajustement, l’association entre la positivité aux anti-MFN1 IgG et la présence d’érosions radiographiques demeurait significative à 2 ans (OR ajusté 3,47 ; IC 95 % 1,17-11,0), ainsi qu’avec des scores d’érosion SHS plus élevés à l’inclusion et à 2 ans (0,93 vs 1,33 ; p = 0,03 et 1,5 vs 1,89 ; p = 0,03). La positivité aux anti-MFN1 IgA était associée à une maladie érosive à 2 ans mais pas à l’inclusion, et était également associée à un score d’érosion SHS plus élevé (0,85 vs 2,92 ; p = 0,013 et 1,31 vs 4,92 ; p = 0,004 à l’inclusion et à 2 ans, respectivement) (Tableau 2). Dans la population globale présentant une prescription sous-optimale de méthotrexate (introduit plus de 3 mois après l’inclusion, ou dose initiale < 10 mg, ou dose < 20 mg, ou 0,3 mg/kg si DAS28 > 2,6, ou non prescrit en première intention comme csDMARD), les auto-anticorps anti-MFN1 étaient associés à une progression structurale radiographique (SHS ≥ 1 point/an) (OR ajusté 2,32 ; IC 95 % 1,10-4,72).

Aucune association significative n’a été observée avec la progression structurale radiographique globale ni dans la population entière, indépendamment du statut FR et/ou ACPA.

Conclusion : un marqueur associé aux érosions précoces

Les auto-anticorps anti-MFN1 sont associés au caractère érosif précoce chez les patients atteints de PR immunonégative, aussi bien à l’inclusion qu’à 2 ans. Aucune association n’a été observée avec la progression structurale radiographique globale à court terme. Ces résultats sont cohérents avec les données d’une cohorte américaine précédemment rapportée, confortant l’existence d’une association entre les auto-anticorps anti-MFN1 et les érosions radiographiques dans la PR immunonégative.

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