Anomalies de la coiffe des rotateurs à l’IRM : quelle signification clinique ?

Dans cet article, le Pr Christelle Darrieutort-Laffite analyse l’étude « Incident rotator cuff abnormalities on magnetic resonance imaging », publiée en février 2026 dans le JAMA Internal Medicine (Rang A, IF 26.3), qui s’intéresse à la prévalence des anomalies de la coiffe des rotateurs visibles à l’IRM dans la population générale et à leur association avec les symptômes de l’épaule.

Anomalies de la coiffe des rotateurs à l’IRM : quelle signification clinique ?

Une question fréquente en pratique clinique

La douleur d’épaule est un motif très fréquent de consultation et elle est souvent attribuée à une atteinte de la coiffe des rotateurs. L’IRM est souvent utilisée pour le diagnostic alors que le lien entre les anomalies de la coiffe et la symptomatologie reste incertain. L’objectif de l’étude était de déterminer la prévalence des anomalies de la coiffe en IRM dans la population générale et leur association aux symptômes touchant l’épaule.

Une étude transversale menée dans la population générale

Pour cela, les auteurs ont effectué une étude transversale sur une population adulte de 41 à 76 ans. Les patients ont tous été évalués cliniquement de manière standardisée (questionnaires et tests cliniques) et ont eu une IRM d’épaule bilatérale (IRM 3 Tesla). Les IRM ont été lues par 2 radiologues en aveugle des données cliniques. En IRM, les anomalies de la coiffe observées permettaient de classifier les épaules comme suit : normale, tendinopathie, tendinopathie partiellement rompue ou rupture tendineuse transfixiante. La prévalence des anomalies de la coiffe des rotateurs a été comparée entre les différentes tranches d’âge et entre les épaules symptomatiques et asymptomatiques.

Des anomalies observées chez la quasi-totalité des participants

L’étude a inclus 602 participants (âge médian, 58 ans [min-max, 41-76] ; 52 % de femmes). Des anomalies de la coiffe ont été observées chez la quasi-totalité des patients puisque 595 participants avaient une IRM anormale (98,7 %) avec 25 % de tendinopathie, 62 % de ruptures partielles et 11 % de ruptures complètes.

 

L’atteinte touchait le plus souvent le supra-épineux (98 %) suivi par l’infra-épineux (86 %), le sub-scapulaire (83 %) et, plus rarement le petit rond (11 %).

L’âge plus déterminant que les symptômes

La prévalence et la sévérité des lésions augmentaient avec l’âge, sans différence entre les deux sexes. Des anomalies de la coiffe étaient observées chez 96 % des patients asymptomatiques (1039 sur 1076) et 98 % des patients symptomatiques (126 sur 128). Seules les ruptures complètes étaient plus fréquentes dans les épaules symptomatiques (14,6 %) en comparaison aux épaules asymptomatiques (6,5 %).

Repenser la place de l’IRM dans le diagnostic des pathologies de la coiffe

En conclusion, cette étude nous montre l’importance majeure du diagnostic clinique devant une épaule douloureuse, l’IRM montrant des anomalies chez un nombre important des patients de plus de 40 ans, y compris asymptomatiques. La simple présence d’une anomalie n’a qu’une valeur diagnostique limitée et ces données suggèrent une faible spécificité de l’IRM pour le diagnostic des pathologies de la coiffe.

 

Il est essentiel de se demander si les anomalies expliquent de manière plausible les signes cliniques. Ceci amène à une réflexion sur la pertinence de chaque prescription d’IRM qui ne devrait être limitée qu’aux cas de diagnostic difficile et non pas utilisée largement comme c’est le cas actuellement car elle peut conduire à des diagnostics par excès aboutissant à des prises en charge médicales et chirurgicales non adaptées.

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