Lauréate SFR 2026 : Le Dr Cécile Philippoteaux explore le lien entre vieillissement osseux et déclin cognitif grâce à l’intelligence artificielle

Comment mieux identifier les personnes âgées à risque de fragilité avant l’apparition de complications majeures ? Cette question est au cœur du projet porté par le Dr Cécile Philippoteaux, rhumatologue au CHU de Lille et chercheuse au sein du laboratoire METRICS de l’Université de Lille. Lauréate d’une bourse de mobilité postdoctorale de 30 000 € attribuée par la Société Française de Rhumatologie, elle étudiera un nouvel indicateur innovant de vieillissement, le « spine age », au sein d’une importante cohorte canadienne.

Quand la colonne vertébrale révèle davantage que la santé osseuse

Le projet financé, intitulé « Le concept de spine age comme nouveau prédicteur du déclin cognitif et du risque de récidive fracturaire chez les adultes âgés », s’appuie sur une idée émergente : la santé osseuse pourrait refléter plus largement le vieillissement global de l’organisme, y compris celui du cerveau.

Les travaux récents ont mis en évidence l’existence d’un axe « os-cerveau », avec des liens étroits entre ostéoporose et déclin cognitif. Pourtant, les outils actuellement utilisés en pratique clinique ne permettent pas toujours de repérer précocement les personnes les plus vulnérables.

« Le vieillissement démographique nous oblige à mieux identifier les personnes à risque de fragilité, qu’elle soit osseuse ou cognitive. Les examens d’imagerie que nous réalisons déjà en routine contiennent probablement des informations encore largement sous-exploitées », explique Cécile Philippoteaux.

Le « spine age », un biomarqueur innovant issu de l’intelligence artificielle

Au cœur du projet se trouve le concept de spine age ou « âge vertébral ». À partir d’images de densitométrie osseuse (DXA), un modèle d’intelligence artificielle utilisant le deep learning analyse les modifications observées au niveau du rachis pour estimer un âge biologique vertébral.

Les études préliminaires montrent déjà que l’écart entre cet âge vertébral et l’âge réel est associé au risque fracturaire et à la mortalité. Le projet vise désormais à déterminer si ce biomarqueur pourrait également prédire l’évolution des fonctions cognitives.

« L’hypothèse est qu’un vieillissement vertébral accéléré reflète un vieillissement systémique plus global, incluant le cerveau. Si cette hypothèse se confirme, le spine age pourrait devenir un outil précieux pour repérer précocement les personnes les plus à risque. »

Pour répondre à cette question, l’étude sera menée au sein de la Canadian Longitudinal Study of Aging (CLSA), une vaste cohorte populationnelle d’adultes âgés suivis dans le temps et caractérisés sur les plans cognitif, fonctionnel et social.

Une approche originale à la croisée de la rhumatologie, de la gériatrie et de l’IA

L’originalité du projet repose sur plusieurs aspects. D’abord, il teste la capacité du spine age à être utilisé dans une population générale alors qu’il avait jusqu’ici été développé principalement dans des cohortes dédiées à l’ostéoporose. Ensuite, il explore pour la première fois son potentiel comme marqueur du vieillissement cognitif.

« Nous cherchons à réutiliser une imagerie déjà réalisée en pratique clinique, sans coût ni irradiation supplémentaire, pour en extraire une information nouvelle sur le vieillissement. C’est une démarche très concrète de médecine de précision et de dépistage opportuniste. » explique le Dr Philippoteaux.

Le projet illustre également la manière dont l’intelligence artificielle peut être associée à des données épidémiologiques de grande ampleur pour faire émerger de nouveaux biomarqueurs utiles à la pratique clinique.

Vers une nouvelle utilisation de l’ostéodensitométrie ?

Au-delà des résultats scientifiques attendus, ces travaux pourraient contribuer à élargir le rôle de l’ostéodensitométrie. Aujourd’hui principalement utilisée pour évaluer le risque fracturaire, la DXA pourrait devenir un outil plus global d’évaluation de la fragilité liée au vieillissement.

Pour les rhumatologues, cela ouvrirait la possibilité d’identifier plus précocement certains patients à risque de déclin cognitif ou fonctionnel, et de mettre en place des stratégies préventives adaptées.

« L’ambition de ce travail reste avant tout de valider la robustesse du spine age dans une cohorte indépendante et de déterminer la valeur ajoutée réelle de ce biomarqueur. » souligne toutefois la chercheuse. « Si les résultats sont positifs, ils pourraient ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de dépistage et de prévention. »

Des perspectives internationales

À moyen terme, une validation positive du spine age dans la cohorte canadienne pourrait conduire à son évaluation dans d’autres populations, notamment françaises. Les chercheurs envisagent également d’intégrer ce biomarqueur dans des algorithmes de dépistage utilisant les examens DXA réalisés en routine afin d’orienter des interventions préventives ciblées, comme l’activité physique ou les mesures nutritionnelles.

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